Dans un échange épistolaire entre David Strauss et Ernest Renan, ce dernier fait observer à son adversaire que l’Alsace, avant d’être un pays germanisé, était un pays celtique et qu’aussi bien « presque partout où les patriotes fougueux de l’Allemagne réclament un droit germanique, nous pourrions réclamer un droit celtique antérieur. » Au surplus, l’Alsace « ne désire pas faire partie de l’Etat allemand. Cela tranche la question. »
Ce qui amène ce commentaire de Jo Zefka :
« Tout le propos de Renan consiste, dans le contexte du contentieux entre la France et l’Allemagne (et notamment à déterminer si l’Alsace était française ou allemande), à refuser de faire de la race le critère de définition de la nation. Renan ne cesse de rappeler que les nations européennes sont issues de mélanges. Et il va plus loin : il élimine aussi la « langue » (les Alsaciens parlaient plus souvent allemand que français) et la religion.
Cela étant, Renan, fait reposer la nation sur une « mémoire commune », ce qui suppose une nation déjà constituée sur un territoire. Quelle surprise, en effet, pour un homme du XIXe s. qu’il n’ait pas théorisé le multiculturalisme et l’hospitalité inconditionnelle… Reste que, même dans les limites étroites qui sont les siennes, sa conception de l’identité nationale (j’emploie ici un terme anachronique) était bien plus ouverte que la conception allemande tout droit issue du romantisme (le sang, le sol, la langue), et qu’elle ouvrait à des possibilités d’extension décisives et proprement républicaines : définir la nation comme « plébiscite de chaque jour », c’est-à-dire mettre au premier plan la volonté politique, le contrat, le désir de poursuivre un destin commun, c’était ouvrir la voie à des conditions beaucoup plus libérales d’adhésion à la collectivité. Nier qu’il y ait, dans la pensée de Renan, les germes de ce dépassement contractualiste pour le ravaler à une conception raciale de la nation, c’est intenter à cet auteur un procès anachronique et malhonnête. »
Sources : La querelle de Strauss et Renan & Tweet de Jo Zefka
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