« La simplicité n'est pas la simplification »
Edgar Morin
Un blog sans prétention pour partager extraits de lectures et pensées (peu) profondes.
« Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better »
« Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux »
Tatouage du tennisman suisse Stan Wawrinka inspirée du dramaturge irlandais Samuel Beckett (1906-1989)
« Si la cruauté révolte, la sottise décourage, et les hommes fatigués de voir la bêtise triompher, finiront par se taire, résignés. »
Albert Camus
J’ai appris au ministère de la Défense :
Dans un échange épistolaire entre David Strauss et Ernest Renan, ce dernier fait observer à son adversaire que l’Alsace, avant d’être un pays germanisé, était un pays celtique et qu’aussi bien « presque partout où les patriotes fougueux de l’Allemagne réclament un droit germanique, nous pourrions réclamer un droit celtique antérieur. » Au surplus, l’Alsace « ne désire pas faire partie de l’Etat allemand. Cela tranche la question. »
Ce qui amène ce commentaire de Jo Zefka :
« Tout le propos de Renan consiste, dans le contexte du contentieux entre la France et l’Allemagne (et notamment à déterminer si l’Alsace était française ou allemande), à refuser de faire de la race le critère de définition de la nation. Renan ne cesse de rappeler que les nations européennes sont issues de mélanges. Et il va plus loin : il élimine aussi la « langue » (les Alsaciens parlaient plus souvent allemand que français) et la religion.
Cela étant, Renan, fait reposer la nation sur une « mémoire commune », ce qui suppose une nation déjà constituée sur un territoire. Quelle surprise, en effet, pour un homme du XIXe s. qu’il n’ait pas théorisé le multiculturalisme et l’hospitalité inconditionnelle… Reste que, même dans les limites étroites qui sont les siennes, sa conception de l’identité nationale (j’emploie ici un terme anachronique) était bien plus ouverte que la conception allemande tout droit issue du romantisme (le sang, le sol, la langue), et qu’elle ouvrait à des possibilités d’extension décisives et proprement républicaines : définir la nation comme « plébiscite de chaque jour », c’est-à-dire mettre au premier plan la volonté politique, le contrat, le désir de poursuivre un destin commun, c’était ouvrir la voie à des conditions beaucoup plus libérales d’adhésion à la collectivité. Nier qu’il y ait, dans la pensée de Renan, les germes de ce dépassement contractualiste pour le ravaler à une conception raciale de la nation, c’est intenter à cet auteur un procès anachronique et malhonnête. »
Sources : La querelle de Strauss et Renan & Tweet de Jo Zefka
« ‘Aucun homme n’est une île, un tout complet en soi’, écrivait le poète britannique John Donne en 1624. Cette célèbre formule résume le propos de l’ouvrage du professeur en biologie évolutive, Joseph Henrich, L’Intelligence collective. Comment expliquer la réussite de l’espèce humaine. En particulier, « Il démontre combien nous sommes des êtres sociaux, forgés par la culture qui nous environne. A rebours d’une conception assez mythifiée du génie individuel des humains il assure : notre capacité à survivre dans les environnements les plus divers ne doit rien au fait que notre intelligence individuelle nous permet de résoudre des problèmes complexes. (…) Seuls, privés de notre cocon civilisationnel et des savoirs et des techniques accumulés au cours des siècles qui guident discrètement chacun de nos faits et gestes, nous serions fort dépourvus. Un groupe d’ingénieurs lâchés dans une jungle inconnue, sans matériel ni préparation, aurait moins de chances de survie qu’une colonie de singes débarquant d’un autre continent. Nous dépendons d’un large corpus d’informations qu’aucun individu isolé, ni même aucun groupe, n’est assez intelligent pour concevoir au cours de sa vie. Des cerveaux collectifs propres à chaque groupe humain nous rendent individuellement plus intelligents (…) »
D’après Véronique Radier, « Nous sommes des intelligences collectives », in L’Obs n°2885, 20/2/2020
« A vous lire, un autre « propre » de l’homme est la migration. Erectus fut un migrant et Sapiens plus encore, qui osa s’aventurer par-delà l’infranchissable ligne Wallace à l’est de l’Indonésie.
Nous avons imaginé que les hommes préhistoriques ne voyageaient qu’à pied, parvenant en Amérique par les terres. On découvre aujourd’hui qu’ils sont partis à l’aventure dans des embarcations. Imaginez-vous voilà 70 000 ans sur l’île de Timor. Devant vous, c’est la mer, l’inconnu absolu. Et il ne s’agit pas d’une poignée de personnes audacieuses, mais de groupes entiers, comprenant femmes et enfants. Aujourd’hui, nous rêvons d’aller sur Mars, mais nous savons où ça se trouve ! Comment ont-ils fait pour se lancer à l’aveugle ? Le propre de Sapiens est peut-être là : se risquer toujours vers un ailleurs, même invisible, même improbable. »
Interview de Pascal Picq, paléoanthropologue, par Véronique Radier « Et l’évolution créa la femme », in L’Obs n°2885, 20/2/2020 | Illustrations : Caroline Gamon