vendredi 3 juillet 2026

lundi 25 mai 2026

Apprendre de l’échec et perséverer

« Ever tried. Ever failed. No matter. Try again. Fail again. Fail better » 
« Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux »
Tatouage du tennisman suisse Stan Wawrinka inspirée du dramaturge irlandais Samuel Beckett (1906-1989)

Résignation devant la bêtise

 « Si la cruauté révolte, la sottise décourage, et les hommes fatigués de voir la bêtise triompher, finiront par se taire, résignés. » 

Albert Camus

dimanche 24 mai 2026

Avant de se lancer...

 J’ai appris au ministère de la Défense : 

  1. vérifiez qu’une opération a un objectif clair, 
  2. les moyens pour l’atteindre,
  3. dans un calendrier raisonnable. 
 Gérard Araud, Twitter 

dimanche 29 mars 2026

Qu’est-ce qu’une nation ?

Dans un échange épistolaire entre David Strauss et Ernest Renan, ce dernier fait observer à son adversaire que l’Alsace, avant d’être un pays germanisé, était un pays celtique et qu’aussi bien « presque partout où les patriotes fougueux de l’Allemagne réclament un droit germanique, nous pourrions réclamer un droit celtique antérieur. » Au surplus, l’Alsace « ne désire pas faire partie de l’Etat allemand. Cela tranche la question. »

Ce qui amène ce commentaire de Jo Zefka :
« Tout le propos de Renan consiste, dans le contexte du contentieux entre la France et l’Allemagne (et notamment à déterminer si l’Alsace était française ou allemande), à refuser de faire de la race le critère de définition de la nation. Renan ne cesse de rappeler que les nations européennes sont issues de mélanges. Et il va plus loin : il élimine aussi la « langue » (les Alsaciens parlaient plus souvent allemand que français) et la religion. 
Cela étant, Renan, fait reposer la nation sur une « mémoire commune », ce qui suppose une nation déjà constituée sur un territoire. Quelle surprise, en effet, pour un homme du XIXe s. qu’il n’ait pas théorisé le multiculturalisme et l’hospitalité inconditionnelle… Reste que, même dans les limites étroites qui sont les siennes, sa conception de l’identité nationale (j’emploie ici un terme anachronique) était bien plus ouverte que la conception allemande tout droit issue du romantisme (le sang, le sol, la langue), et qu’elle ouvrait à des possibilités d’extension décisives et proprement républicaines : définir la nation comme « plébiscite de chaque jour », c’est-à-dire mettre au premier plan la volonté politique, le contrat, le désir de poursuivre un destin commun, c’était ouvrir la voie à des conditions beaucoup plus libérales d’adhésion à la collectivité. Nier qu’il y ait, dans la pensée de Renan, les germes de ce dépassement contractualiste pour le ravaler à une conception raciale de la nation, c’est intenter à cet auteur un procès anachronique et malhonnête. »


Sources : La querelle de Strauss et Renan & Tweet de Jo Zefka 

jeudi 18 décembre 2025

Sans la puissance des communautés humaines et leur culture accumulée, Sapiens ne serait qu’un animal comme les autres.

« ‘Aucun homme n’est une île, un tout complet en soi’, écrivait le poète britannique John Donne en 1624. Cette célèbre formule résume le propos de l’ouvrage du professeur en biologie évolutive,  Joseph Henrich, L’Intelligence collective. Comment expliquer la réussite de l’espèce humaine. En particulier, « Il démontre combien nous sommes des êtres sociaux, forgés par la culture qui nous environne. A rebours d’une conception assez mythifiée du génie individuel des humains il assure : notre capacité à survivre dans les environnements les plus divers ne doit rien au fait que notre intelligence individuelle nous permet de résoudre des problèmes complexes. (…) Seuls, privés de notre cocon civilisationnel et des savoirs et des techniques accumulés au cours des siècles qui guident discrètement chacun de nos faits et gestes, nous serions fort dépourvus. Un groupe d’ingénieurs lâchés dans une jungle inconnue, sans matériel ni préparation, aurait moins de chances de survie qu’une colonie de singes débarquant d’un autre continent. Nous dépendons d’un large corpus d’informations qu’aucun individu isolé, ni même aucun groupe, n’est assez intelligent pour concevoir au cours de sa vie. Des cerveaux collectifs propres à chaque groupe humain nous rendent individuellement plus intelligents (…) »

 D’après Véronique Radier, « Nous sommes des intelligences collectives », in L’Obs n°2885, 20/2/2020

lundi 15 décembre 2025

Erectus fut un migrant et Sapiens plus encore

 « A vous lire, un autre « propre » de l’homme est la migration. Erectus fut un migrant et Sapiens plus encore, qui osa s’aventurer par-delà l’infranchissable ligne Wallace à l’est de l’Indonésie.

 Nous avons imaginé que les hommes préhistoriques ne voyageaient qu’à pied, parvenant en Amérique par les terres. On découvre aujourd’hui qu’ils sont partis à l’aventure dans des embarcations. Imaginez-vous voilà 70 000 ans sur l’île de Timor. Devant vous, c’est la mer, l’inconnu absolu. Et il ne s’agit pas d’une poignée de personnes audacieuses, mais de groupes entiers, comprenant femmes et enfants. Aujourd’hui, nous rêvons d’aller sur Mars, mais nous savons où ça se trouve ! Comment ont-ils fait pour se lancer à l’aveugle ? Le propre de Sapiens est peut-être là : se risquer toujours vers un ailleurs, même invisible, même improbable. »

 Interview de Pascal Picq, paléoanthropologue, par Véronique Radier « Et l’évolution créa la femme », in L’Obs n°2885, 20/2/2020 | Illustrations : Caroline Gamon


 

samedi 13 décembre 2025

Pourquoi nous est-il si difficile d’imaginer qu’autrefois nos ancêtres vivaient parmi d’autres espèces humaines ?

 « Cette réalité heurte notre tradition monothéiste, nos représentations. Dans la Bible, il n’existe qu’une lignée humaine, celle d’Adam et Eve. Quand à la philosophie grecque, dont nous sommes aussi fortement imprégnés, elle sépare radicalement l’homme de l’animal. Nous sommes les héritiers de deux unicités qui nous placent pour l’une, seuls face à Dieu, et pour l’autre seuls face à la nature, aussi n’arrivons-nous pas à concevoir l’existence d’autre espèces humaines.

Pourtant, voici encore 40 000 ans, Sapiens voisinait avec les Néandertaliens, les Dénisoviens, les petits hommes de Florès en Indonésie et ceux de Luçon aux Philippines, très récemment découverts. Cette cohabitation s’est étendue sur près de 100 000 ans, quand notre histoire n’en compte guère plus de 5 000 et que, comme je le rappelle souvent, voici 10 000 ans, l’agriculture n’existait tout simplement pas. »

Interview de Pascal Picq, paléoanthropologue, par Véronique Radier « Et l’évolution créa la femme », in L’Obs n°2885, 20/2/2020 | Illustrations : Caroline Gamon


 

mercredi 10 décembre 2025

Où faudrait-il regarder pour apprendre de l’Afrique ?

« L’Afrique est le pays natal de l’humanité. Alors que nous entrons dans l’âge des extrêmes, celui de l’invivable, elle nous apprend à renouer avec les forces du vivant, ce que d’aucuns appellent à tort ou à raison l’animisme. Quand j’arrive à Lagos, Nairobi ou Kinshasa, ce qui me frappe c’est que la plupart des gens sont en train de tisser ou de réparer quelque chose : une voiture, des chaussures, un tissu déchiré… Ils réassemblent des choses qui à un moment ou à un autre ont été séparés ou ont fait l’expérience du déchirement, de la brisure, de la cassure. Tisser et réparer sont l’essentiel de l’activité de création d’une valeur, qu’elle soit économique ou non. De ce processus émergent, on le voit bien, des formes complètement neuves et hybrides qui préfigurent bel et bien le monde de demain. Ces gisements de vie et ces réserves de puissance seront les nouvelles ressources rares dans un monde de plus en plus soumis à un irréversible processus de combustion. »

Interview d’Achille Membe, universitaire camerounais, par Xavier de la Porte « L’Europe est traversée par un énorme désir de frontières », in L’Obs n°2884, 13/2/2020 | Illustration : PEP Montserrat

 




 

dimanche 7 décembre 2025

La Géographie détermine l’Histoire

« Je pense que, sans être l’explication de tout, la géographie détermine l’Histoire et que finalement, celle-ci, pour se faire, doit passer par les mêmes chemins. »

François Mitterand, à Washington le 22 mars 1984, discours au Congrès américain

samedi 29 novembre 2025

jeudi 18 septembre 2025

Humanisme & sagesse talmudique

« Dans la Bible, il est raconté comment Dieu est venu en aide à Ismaël, au moment où l’enfant chassé, avec sa mère Agar, par Abraham, et abandonné dans le désert est sur le point de mourir assoiffé. Dieu entend la voix de l’enfant mourant, réconforte sa mère et fait jaillir une source, qui le sauve. 

Pourquoi Dieu sauve-t-il cet enfant, qui va pourtant devenir méchant ? Le Talmud répond en s’appuyant sur le verset biblique : « Car Dieu entendit la voix de l’enfant" en y ajoutant : "là où il est. » 

Comprendre : Dieu entendit l’enfant en tant qu’enfant, dans l’ici et maintenant de son enfance. Ce qu’il va devenir est une autre histoire. On juge un être sur ce qu’il est au présent, non sur ce qu’on peut craindre qu’il devienne plus tard. Un enfant est un enfant et tout enfant est innocent. « Là où il est. » 

Là est l’humanisme. C’est dans le Talmud. Qui plus est dans le traité de Rosh Hashanah (16b). A méditer pour la semaine prochaine... Pour savoir là où nous sommes. 

(…) Je suis athée aussi. Quand je dis « là est l’humanisme », je ne dis pas que c’est le fondement de l’humanisme. Je dis que nous trouvons là devant un de ces moments sublimes où tout humaniste peut se reconnaître et dont les textes religieux sont prodigues (tout comme ils sont prodigues de coutumes et prescriptions barbares par ailleurs, je vous le concède aisément). Oui, « tu aimeras ton prochain comme toi-même », ce n’est pas mal, ou « qui tue un homme tue toute l’humanité », et mille autres choses encore. Et je connais le reste, le pire aussi. 

Quant à l’autre sens d’humanisme, le sens culturel, vous savez qu’il repose sur la connaissance et la méditation de notre héritage culturel, littéraire, et religieux. Les humanistes apprenaient à être des hommes dans la connaissance et la méditation des textes anciens. Et ils s’employaient, avec les moyens qui étaient les leurs, à faire la part des choses, à déterminer ce qu’il fallait sauver et ce qu’il fallait écarter. Je ne fais pas autre chose, il me semble, quand je vais chercher dans un passage du Talmud un beau moment d’humanité. » 

Jo Zefka on Twitter 

lundi 25 août 2025

Savoir écrire pour savoir penser

 « Si les gens ne savent pas bien écrire, ils ne sauront pas bien penser, et s'ils ne savent pas bien penser, d'autres penseront à leur place. »

George Orwell 

mercredi 14 mai 2025

Sagesse de José « Pepe » Mujica

 Florilège de citations suite au décès de José Mujica (1935-2025), ancien président de l’Uruguay et l'un des leaders politiques sud-américains les plus respectés:

 « Tu n’es pas une fourmi ou un scarabée, car tu as de la conscience. Au lieu de suivre un destin naturel, une tradition, ou de mener une vie dépourvue de sens, tu peux faire quelque chose avec le monde où tu vis. Prends la vie entre tes mains et construis un projet collectif. »

« Ne perds pas ton temps à travailler pour gagner de l’argent, tu n’auras fait que perdre ta vie, ton temps de vie, dont la seule chose importante est de la vivre avec les autres… Vis comme tu penses ou tu finiras par penser comme tu vis ! »

 « Je ne suis pas pauvre, je ne me soumets pas à l’obligation de gaspiller mon temps à gagner de l’argent. Je garde la liberté d’être avec les autres. »

 « A quoi sert un vieil arbre s’il ne laisse pas passer la lumière pour que des nouvelles graines poussent à travers son feuillage ? » 

Source: Le Monde

 

mardi 13 mai 2025

Rerum Novarum par Léon XIII

« Selon ses propres mots, le nouveau Pape a décidé de prendre le nom de Léon XIV en hommage au Pape Léon XIII et, en particulier, à son encyclique Rerum Novarum. Mais que dit exactement cette encyclique, pilier de la doctrine sociale de l’Église ?

Publié le 15 mai 1891, ce texte a pour sujet central la condition des ouvriers. Léon XIII part d’un constat initial : l’économie de la fin du XIXe siècle connaît des bouleversements profonds aux conséquences sociales majeures : « L’industrie s’est développée et ses méthodes se sont complètement renouvelées. Les rapports entre patrons et ouvriers se sont modifiés. La richesse s’est concentrée entre les mains d’un petit nombre, tandis que la multitude a été laissée dans l’indigence. » 

Outre la corruption des mœurs, ces bouleversements ont agité la classe ouvrière, engendrant ce que Léon XIII qualifie de « redoutable conflit ». Craignant une lutte encore plus intense entre les classes, attisée par « d’habiles agitateurs », il juge urgent que l’Église propose des solutions « conformes à la vérité et à l’équité », afin de venir en aide aux hommes des classes inférieures, dont la plupart vivent dans une situation d’infortune et de misère imméritées.

Léon XIII observe que les sentiments religieux du passé ont disparu des lois et des institutions publiques, et que les travailleurs, isolés et sans défense, ont trop souvent été livrés à la merci de « maîtres inhumains », mus par « une insatiable cupidité ». À cela s’ajoute la concentration de l’industrie et du commerce entre les mains d’un petit nombre « d’hommes opulents et de ploutocrates », qui imposent ainsi « un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires ». 

Pour autant, Léon XIII rejette catégoriquement le socialisme. D’abord, parce que les socialistes attisent la haine jalouse des pauvres contre les riches. Ensuite, parce qu’ils prônent la suppression de la propriété privée, affirmant que les biens individuels doivent être communs à tous et leur administration confiée aux municipalités ou à l’État. 

Selon le Pape, loin de résoudre le conflit, la doctrine socialiste nuirait à la classe ouvrière elle-même si elle était appliquée. Elle est souverainement injuste, car elle viole les droits légitimes des propriétaires, dénature les fonctions de l’État et menace de bouleverser l’édifice social tout entier. 

L’encyclique rappelle ici un principe énoncé par Aristote : la raison intrinsèque du travail est d’acquérir un bien que l’on possédera en propre. En conséquence, la conversion de la propriété privée en propriété collective, prônée par le socialisme, rendrait la situation des ouvriers plus précaire, en leur ôtant la libre disposition de leur salaire et, par là même, toute possibilité d’agrandir leur patrimoine ou d’améliorer leur condition. 

Le collectivisme s’oppose donc flagramment à la justice, car la propriété privée et personnelle est un droit naturel pour l’homme. Léon XIII est catégorique : la théorie socialiste de la propriété collective doit être rejetée car elle est préjudiciable à ceux qu’elle prétend secourir, contraire aux droits naturels des individus, et source de troubles pour la tranquillité publique. 

Rerum Novarum réaffirme ainsi que le premier principe pour le relèvement des classes inférieures est l’inviolabilité de la propriété privée. 

La critique du socialisme s’étend à la recherche d’une égalité absolue. Pour le Pape, l’homme doit accepter que la nature rende impossible, dans la société civile, l’élévation de tous au même niveau. Les différences d’intelligence, de talent, de santé ou de force, nécessaires à la vie sociale, engendrent spontanément une inégalité des conditions. Cette inégalité profite à tous, car la société requiert des aptitudes variées et des fonctions diverses, stimulées par la différence des conditions. Critique évident du marxisme, Léon XIII rejette par ailleurs l’idée que les classes sont ennemies par nature, comme si riches et pauvres étaient condamnés à s’affronter dans un conflit perpétuel. 

L’encyclique souligne les devoirs des deux principales classes. L’ouvrier doit fournir intégralement et fidèlement le travail auquel il s’est engagé par un contrat libre et équitable. Il ne doit pas léser son patron, ni dans ses biens, ni dans sa personne. Ses revendications doivent être exemptes de violences et ne jamais prendre la forme de séditions. Il doit se méfier des « hommes pervers » qui, par des discours mensongers, lui promettent des espérances exagérées, aboutissant à des regrets stériles et à la ruine. 

Les riches et les patrons, quant à eux, ne doivent pas traiter l’ouvrier comme un esclave, mais respecter sa dignité d’homme, renforcée par sa foi chrétienne. Le travail manuel, loin d’être honteux, honore l’homme, car il lui permet de subvenir noblement à ses besoins. Ce qui est honteux et inhumain, c’est de traiter l’homme comme un simple instrument de profit, en ne le rémunérant qu’en proportion de sa force physique. 

Le christianisme exige également de tenir compte des intérêts spirituels de l’ouvrier et du bien de son âme. Les patrons doivent veiller à ce que l’ouvrier dispose de temps pour la piété, qu’il ne soit pas exposé à la corruption, et que rien n’affaiblisse son esprit de famille ou ses habitudes d’économie. Ils doivent éviter d’imposer un travail excessif ou inadapté à l’âge ou au sexe des travailleurs. 

Parmi les devoirs principaux des patrons, il faut ensuite assurer à chacun un salaire juste. Les riches doivent s’interdire tout acte de violence, de fraude ou de manœuvre usuraire qui porterait atteinte à l’épargne des pauvres, d’autant plus sacrée qu’elle est modeste et que ces derniers sont moins aptes à se défendre. 

Léon XIII insiste : il serait erroné de croire que l’Église, absorbée par le salut des âmes, néglige les réalités terrestres. Au contraire, elle s’adresse aux travailleurs pour les arracher à la misère et leur offrir une vie meilleure. Elle soutient directement les classes déshéritées par la création d’institutions destinées à soulager leur détresse. Surtout, elle garantit ce qui fait la prospérité d’une nation : la probité des mœurs, l’ordre, la moralité comme bases de la famille, la pratique de la religion, le respect de la justice, une fiscalité modérée et équitable, le progrès de l’industrie, du commerce et de l’agriculture. 

Léon XIII ne nie pas le rôle de l’État, à condition qu’il reste à sa place. L’État peut améliorer le sort des ouvriers, mais ni l’individu ni la famille ne doivent être absorbés par lui. Ils doivent conserver leur liberté d’action, tant que cela ne nuit pas au bien commun ou à autrui. 

Parmi les enseignements de la philosophie et de la foi chrétienne, le repos dominical est jugé essentiel. Pour protéger les intérêts physiques et corporels des travailleurs, l’autorité publique doit les soustraire aux « spéculateurs » qui, sans distinction entre l’homme et la machine, abusent de leur personne pour satisfaire des cupidités insatiables. 

Ainsi, la durée d’une journée de travail ne doit pas excéder les forces des ouvriers, et les temps de repos doivent être proportionnés à la nature du travail, à la santé des travailleurs, et adaptés aux circonstances. Ces principes s’appliquent particulièrement aux femmes et plus encore aux enfants, qui ne doivent entrer à l’usine qu’après avoir développé leurs forces physiques, intellectuelles et morales. Un travail trop précoce risquerait de compromettre leur éducation, comme une plante flétrie avant maturité. 

Concernant la rémunération, Léon XIII prône une entente entre patrons et ouvriers : « Que le patron et l’ouvrier concluent les conventions de leur choix, notamment sur le salaire. Mais au-dessus de leur libre volonté, une loi de justice naturelle exige que le salaire permette à l’ouvrier sobre et honnête de subvenir à ses besoins. » 

Le Pape va plus loin en ouvrant la voie à l’actionnariat salarié : « Les lois doivent favoriser l’esprit de propriété et le développer dans les masses populaires. » Si les classes laborieuses accèdent au capital, la répartition des richesses serait plus équitable. Cela atténuerait la fracture sociale, en comblant « l’abîme qui sépare l’opulence de la misère » et en rapprochant les classes. Une rémunération plus juste freinerait également l’émigration, car nul ne quitterait sa patrie s’il y trouvait de quoi vivre dignement. 

Léon XIII reste lucide : ces avantages supposent une condition essentielle : la propriété privée ne doit pas être écrasée par des impôts excessifs. Le droit de propriété, issu de la nature et non des lois humaines, ne peut être aboli par l’autorité publique. Celle-ci peut en réguler l’usage pour le concilier avec le bien commun, mais elle agit contre la justice lorsqu’elle grève démesurément les biens des particuliers sous prétexte de fiscalité. 

Le Pape conclut de manière plus attendue : le perfectionnement moral et religieux doit primer, car une société sans religion dégénérerait rapidement. À quoi servirait l’abondance matérielle si l’âme de l’ouvrier, privée d’aliments spirituels, était en péril ? Ce principe s’incarne dans la charité chrétienne, qui résume l’Évangile. Toujours prête à soulager le prochain, elle est un remède sûr contre l’arrogance et l’égoïsme du siècle. 

Il termine en citant saint Paul, qui décrit la charité : « La charité est patiente ; elle est bonne ; elle ne cherche pas ses propres intérêts ; elle souffre tout ; elle supporte tout. »

Alexis Karklins-Marchay sur X (ex Twitter), essayiste et chroniqueur

 

Source: X/Twitter par l’auteur

lundi 5 mai 2025

Amitié

« L'amitié n'est pas une simple formule, c'est le devoir d'assistance dans la peine. » 

Albert Camus

jeudi 1 mai 2025

L’ultracrépidarianisme: tout savoir sur les toutologues

L’ultracrépidarianisme, c’est l’art de parler avec assurance d’un sujet qu’on ne maîtrise pas du tout. Une pratique aussi vieille que le monde… et encore plus répandue depuis l’invention d’Internet et des réseaux sociaux ! 

Le mot tire son origine du latin « ne supra crepidam judicaret » qui signifie « ne pas juger au–delà de la chaussure ». Ce dicton vient d’une anecdote antique de Pline l’Ancien : un cordonnier aurait critiqué le tableau d’un peintre, en pointant des erreurs de représentation. 

L’ultracrépidarianisme peut être rapproché de l’effet Dunning-Kruger, ou effet de surconfiance. 

C’est un biais cognitif démontré par deux chercheurs qui ont prouvé que les personnes les moins compétentes dans un domaine ont tendance à surestimer leurs connaissances. Elles sous-estiment en revanche ce qu’elles ne savent pas encore et, paradoxalement, se sentent plus sûres d’elles que les vrais spécialistes, qui eux mesurent la complexité du sujet. 

Autrement dit, moins on en sait, plus on pense tout savoir.

Le terme ultracépidarianisme a été popularisé lors de la crise du Covid-19 en 2020, notamment grâce au physicien et philosophe des sciences Etienne Klein, qui a mis en lumière cette tendance accrue des individus à s’exprimer sur des sujets qu’ils ne maîtrisent pas, amplifiée par le contexte sanitaire. 

« La vraie science apprend à douter et à s’abstenir dans l’ignorance. » a dit Claude Bernard, médecin français du XIXe siècle. Une réflexion qui peut s’appliquer à tous les domaines de la connaissance. 

Source: Les Carostiches





 


mercredi 30 avril 2025

Valeurs

 « Les valeurs qui font progresser l’humanité ne sont pas les valeurs qui la font durer »

Jean Fourastié

mardi 8 avril 2025

Ancêtres

« L’homme qui n’a à tirer gloire de rien si ce n’est ses ancêtres, est semblable au navet : tout ce qu’il y a de bon est sous terre. » 

Samuel Butler 


 

jeudi 3 avril 2025

Idiot vs doute

« The trouble with the world is that the stupid are cocksure and the intelligent full of doubt. » 

« L'ennui dans ce monde, c'est que les idiots sont sûrs d'eux et les gens sensés pleins de doutes. » 

Bertrand Russell